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3 - Témoignage du soldat Wegner en poste au WN72 de Vierville-sur-Mer

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3 - Témoignage du soldat Wegner en poste au WN72 de Vierville-sur-Mer

Message  Hick22 le Mer 3 Aoû 2016 - 22:23

On a le témoignage très instructif du soldat Wegner de la 3ème compagnie du 914° Régiment, en poste depuis le 4 juin au WN72 de Vierville

Le 4 juin, un dimanche, la 352ème DI allemande a été mise en alerte totale, et pour renforcer les WN de Vierville, 2 sections du 914ème Régiment (secteur de Louvières à Isigny) ont été mises en place à Vierville.

Le 5 juin, l'aube s'est levée sur la côte. Les soldats de garde, aux yeux fatigués, ont scruté une Manche vide, s'efforçant d'y distinguer une flotte ennemie à l'horizon. Le 1ère classe Wegner, de la 3ème Compagnie du 914ème RI, l'un des hommes envoyés la veille, était de garde au WN72, entre les 2 gros bunkers bétonnés du bas de Vierville, avec leurs canons PAK43 antichar de 88mm et le canon PAK38 de 50mm.

""J'étais de garde dans ma position près de Vierville. C'était ma dernière heure de service quand l'aube s'est levée. Mes yeux étaient tendus et douloureux. J'étais fatigué, j'avais froid et faim. Bientôt la relève allait venir. J'ai poussé de côté la mitrailleuse, j'ai appuyé mon menton sur le rebord pour regarder avec les jumelles de campagne. Je n'avais jamais combattu et j'étais assez anxieux. En fait j'avais peur de voir quelque chose pour 2 raisons. Un, si je sonnais l'alarme pour rien, mes copains seraient furieux après moi pour avoir troublé leur précieux sommeil, et deux, si c'était vrai, je craignais d'être paralysé de peur. Alors que ces pensées me traversaient, je regardait la mer par le fente d'observation. Et tout d'un coup j'ai vu quelque chose, là, devant ! Dans l'obscurité de l'aube commençante, je n'était pas sûr du genre de bateau, mais il se dirigeait droit sur nous. Il n'était pas Allemand et les sorties des Français étaient limitées. Pris par la panique, j'ai cru que c'était le débarquement ! Je savais que je devais avertir, et quand je me suis tourné vers le téléphone, j'ai vu le sous-officier Radl arrivant pour la relève. Je lui ai fait signe de se dépêcher en montrant la mer."

"Il s'est mis à courir, a sauté dans le bunker. J'ai tendu les jumelles et lui ai montré la direction. Après une longue observation, il s'est retourné vers moi. C'est étrange, il était comme fou, mais il riait. "Ce n'est pas une flotte, mais c'est comme si les Tommies se servaient d'un bateau de pêche". Je me suis senti tout bête. Je crois que Radl l'a remarqué, car sur le chemin du retour il me dit être content que nous ayons été vigilant en remarquant ce petit bateau dans le noir. Ajoutant que le Français allait avoir des ennuis sérieux pour n'avoir pas respecté les interdictions de nuit. On n'en a plus reparlé, mais je me suis senti gêné.""

Dans la nuit du 5 au 6 juin, la nouvelle des arrivées de parachutistes entre Minuit et 2 heures, a réveillé tout le monde à Trévières, à Formigny et dans tous les postes.

Wegner a été ainsi réveillé en pleine nuit, cette fois par les coups de botte de Radl dans son châlit. "Debout! Tout le monde dehors, tenue de combat complète, c'est le Débarquement!"

Wegner s'est frotté les yeux pendant que les mots de Radl lui tombaient dessus. Il était maintenant réveillé, ce n'était pas un rêve. A nouveau Radl hurla "Tous les hommes à leurs postes de combat, et vite!" Dans le bruit des bottes cloutées, les fantassins se sont précipités dans leurs emplacement assignés. Wegner et son ami très proche Willi Schuster, qui était aussi le N°2 de leur équipe de mitrailleuse, ont suivi de près les talons du chef de pièce. Il les a conduit à leur poste de combat, au pied de la descente de Vierville, entre les 2 gros bunkers. Là, ils ont installé leur mitrailleuse prête à tirer, puis ont cherché des objectifs sur la mer. Il faisait nuit, aucun navire n'était visible, pas un seul. Ils se sont demandé si ce n'était pas encore un exercice. Leur chef de pièce leur a dit qu'on le saurait bien assez tôt et qu'ils pouvaient se relaxer pendant que lui veillerait. Alors Radl apparut à l'entrée du bunker. A voix basse, il leur expliqua la situation. Des parachutistes ennemis avaient touché terre du côté du Canal de Carentan, et les autres compagnies du 914ème les avaient maintenant attaquées. On pensait que les Alliés pourraient maintenant débarquer à l'aube Cela signifiait encore un long moment à attendre, à surveiller la mer dans la nuit. Mais après, ils verraient ce qu'ils n'avaient pas trop envie de voir, la flotte de débarquement alliée.



Wegner s'était rendormi, la tête appuyée sur la crosse de sa mitrailleuse. En attendant l'aube, la sommeil l'avait gagné.

""Willi a secoué vigoureusement mon bras. Je me suis redressé et j'ai regardé sa figure toute pâle. J'ai demandé ce qui n'allait pas. Il me montra seulement la mer. Après mon expérience du jour précédent, je n'allai pas m'en faire pour un autre bateau de pêche se faufilant dans la brume. J'ai regardé et j'ai vu des navires partout aussi loin qu'il était possible de regarder. Je n'ai pas honte de dire que je n'ai jamais eu aussi peur de ma vie. Mais le spectacle était tellement impressionnant que je ne pouvait m'empêcher de le fixer. A ce moment le caporal Lang sauta dans le bunker, il était allé aux latrines. Son visage était sérieux, ce n'était plus un jeu. Certains d'entre nous ne seraient plus là ce soir. ""

(nota: Wegner se souvient que Lang était le nom de son nouveau chef de pièce, mais comme il était d'une autre unité, et seulement depuis peu avec Wegner, le nom est peut-être faux. Et son journal de campagne ne mentionne que le "Caporal L."

""Lang a regardé par la fente d'observation avec ses jumelles et a dit quelque chose au sujet des "idiots" du bunker de la Marine (la villa Mary à flanc de falaise, qui était occupée par des marins radios chargés des communications avec les navires allemands) allumant des signaux de reconnaissance, n'importe quel imbécile savait qu'en face ce n'était pas les nôtres. Alors on a entendu à nouveau des avions"".

Willi Schuster a été le premier sur ses pieds quand le bombardement a cessé. Lang et Wegner ont suivi. Tous trois ont regardé par l'ouverture, ils restèrent silencieux, rien pouvait exprimer ce qui était en face d'eux.

""Nous avons vu les péniches de débarquement, il semblait y en avoir des centaines! Elles tanguaient fortement dans le sillage des navires plus gros. Tout d'un coup, elles virèrent de bord toutes ensemble et vinrent tout droit vers la plage. Nous avons sauté derrière la mitrailleuse. Lang hurla qu'il ne fallait pas tirer avant son ordre. Il était au téléphone de campagne, mais je l'ai pas entendu sonner. La sueur coulait sur mon front, en voyant ces péniches se rapprocher de plus en plus. Mon estomac faisait des nœuds.""

Wegner visa avec sa mitrailleuse son morceau de plage.

""J'ai appuyé la crosse dans mon épaule, la joue reposant sur elle. Je me suis recroquevillé, vérifiant la vue à travers les viseurs, mais je ne pouvais regarder. J'ai fermé les yeux et attendu l'ordre de tirer.""

Le moment terrible pour Wegner était arrivé.

"" "Feu, Wegner, feu!" me cria Lang. J'étais paralysé, j'ai vu tous ces hommes en uniformes kaki pataugeant dans l'eau vers le sable. Ils avaient l'air sans défense au milieu de la plage. Lang a pris la crosse de son pistolet et m'a frappé violemment sur mon casque. Le bruit métallique m'a réveillé et j'ai appuyé sur la gâchette. La MG gronda, envoyant des balles dans les hommes courant sur la plage. J'en ai vu certains tomber, je savais que je les avais touchés. Les balles ratissaient le sable de haut en bas. Un jeune homme de 19 ans de Hanovre venait de tuer plusieurs hommes. Mon esprit rationalisait cela, c'était la guerre. Même ainsi, cela me laisse un goût amer. Maintenant, ce n'était plus le moment de discuter, seulement survivre.""

""Les premiers instants passés, mon cerveau s'automatisa. Je tirais comme on m'avait appris, par courtes rafales, 15 à 20 cm au dessus du sol. Quand l'arme bourrait, je la nettoyait rapidement, chaque seconde comptait. Willi conservait les munitions bien propres, prêtes à être chargées, de la terre aurait fait bourrer. Lang hurlait des ordres et des objectifs, en fait on ne l'écoutait pas, on ne comprenait pas grand chose. D'ailleurs on savait sur quoi tirer. Il avait aussi peur que nous mais essayait de ne pas le montrer. Quant j'ai tiré sur la gâchette pour ce qui me semblait être la millième fois, j'ai arrêté pour regarder pour de bon la plage. Il y avait des "Amis" étendus partout. Certains morts, d'autres bien vivants. Des Landing Craft se retiraient. Certains en feu, atteints par nos canons PAK, ou par des mines. J'ai vu un de ces bateaux touché par une mine en se retirant, des éclats dans la mer, et un groupe d'hommes venant d'en débarquer. Ce que j'ai vu m'a convaincu que pour l'instant on était mieux ici que là-bas. Bien que nous ayons été atteints par des projectiles et que nous l'étions encore. Des navires plus petits s'étaient rapprochés et tiraient sur nous avec des canons à tir rapide, leurs obus frappant tout autour du bunker. Un coup frappa notre embrasure. Un éclat de béton toucha Lang au visage. Il tomba à terre violemment. Willi se porta à son aide. Il avait une profonde entaille sur le côté du visage, le sang la rendait encore plus vilaine que dans la réalité. J'ai continué à tirer seul pendant que Willi le bandait. Ensuite, il revint à son poste, reprit ses jumelles salies pour passer la plage en revue et désigner des objectifs. Il se raidit de suite, regardant intensément. Alors Lang dit "Une autre force de Landing Craft approche!" D'autres Américains allaient débarquer sur la plage.""

Pendant que le Commandement à Formigny, Trévières et au Molay-Littry luttait pour essayer d'avoir une vue claire de la situation tactique, Wegner et ses camarades étaient au premier rang du spectacle. Et l'impression était nette, le Mur de l'Atlantique se fissurait.

""Lang regardait la situation sur la plage, malgré les tirs de fusils qui écornaient le bunker. Le pansement fait par Willi était médiocre et le faisait ressembler à quelqu'un qui aurait une rage de dent. On aurait pu en rire dans d'autres circonstances. Puis il a vu quelque chose. Il se dirigea vers l'arrière, à l'entrée du bunker, en sortant son pistolet. Nous avons eu peur que des Américains se soient infiltrés sur nos arrières pour nous attaquer. Nous avons continué à tirer tout en surveillant Lang, au cas où. Ensuite on a entendu "Ne tirez pas! Je suis Allemand! ". Lang jeta un coup d'œil dehors puis tira quelqu'un rapidement dans le bunker. Comme nous, c'était un jeune fantassin, la figure tuméfiée et sanglante, une profonde entaille à la jambe droite. Il demandait de l'eau, Willi lui donna une gourde. Lang nettoya et pansa ses blessures, puis lui demanda ce qu'il faisait là dehors. Il dit que dans son abri, la plupart des hommes étaient des "Volksdeutsche", c'est à dire des Alsaciens et des Polonais (des territoires annexés par l'Allemagne). Les choses s'étaient bien passées jusqu'à ce que les américains tirent directement sur eux. La plupart avaient refusé de combattre et demandé à leur chef de rendre la position. Cet homme, un caporal, s'est mis en colère et a menacé d'exécuter quiconque ne se battrait pas. Par derrière, un des mutins a tiré et tué le caporal. Et comme il était le seul vrai Allemand restant, ils l'ont désarmé et l'ont battu. Ils l'ont maintenu cloué au sol. Helmuth, c'était son nom, a raconté alors que lorsque des tirs ont repris contre eux, il a bondi et il est sorti en courant, personne n'a voulu le suivre, de peur des Américains. Il a rampé jusqu'à nous mais a été atteint par un éclat au visage. Il nous a remercié plusieurs fois, racontant que dehors il aurait sûrement été tué. Lang était furieux après cette histoire. Il s'est fait montrer par Helmuth où était sa position. C'était à environ 100m plus à gauche. Aucun tir n'en sortait. Lang a pris le combiné du téléphone, pour le jeter rageusement aussitôt, il était maintenant coupé. Il a ramassé plusieurs grenades, on a alors compris ce qu'il voulait. Willi a commencé à dire quelque chose, mais a été coupé de suite "Couvrez-moi par le feu". Lang s'est accroupi à la porte, on a tiré, il a bondi au dehors. Nous l'avons surveillé pendant qu'il progressait vers l'autre bunker. Les éclats et les balles volaient partout mis il y est arrivé. Nous l'avons vu jeter les grenades et se plaquer au sol. Les explosions ont suivies, nettoyant l'endroit. Quand la poussière est retombée, Lang s'est relevé et a couru vers nous. Cette fois le sort a été contre lui. Les tirs venant des Landing Craft l'ont coupé en deux! Nous étions horrifiés, c'était la première personne que nous connaissions qui était tuée, et juste sous nos yeux! Ce ne serait pas la dernière.""

""Le moral était mauvais après la mort de Lang. Les tirs persistaient. Nous pouvions voir la fumée sortir de certaines de nos positions, alors que d'autres étaient silencieuses. Nous ne pouvions avoir de liaisons avec ceux qui résistaient et ne pouvions plus recevoir d'ordres, la ligne étant coupée. Nous nous sentions seuls. Nous avons continué à tirer sur les Américains de la plage mais seulement pour les tenir éloignés. Je ne tirais que s'ils venaient vers nous. Je ne tirais pas sur ceux qui étaient immobiles. C'est simple: Ne me tirez pas dessus, et je ne vous tirerais pas dessus. Et pas la peine de tirer sur les morts et les blessés. Finalement Willi m'a parlé. Entre 2 tirs, il a dit: "Je pense que c'est toi qui commande maintenant?" "Commande quoi?" je me demandais. Nous étions 3 jeunes apeurés dans un bunker au milieu d'une des plus grande bataille de l'Histoire. Oui, c'est vrai que j'avais le grade le plus élevé, 1ère classe. Maintenant 2 vies dépendaient de mes actes. C'était une responsabilité lourde, que je ne voulait pas et je n'y était pas préparé. Une décision pouvait signifier la vie ou la mort. La première chose que j'ai pensé, c'était ce que Lang aurait voulu nous faire faire. Alors j'ai donné mon premier ordre "officiel". Helmuth allait prendre le fusil de Willi et garder l'entrée. ceci pour le cas où nous aurions des visiteurs. Je leur ai dit que nous allions rester ici et combattre jusqu'à ce que nous ne soyons plus en sécurité. Cela pouvait me donner le temps de réfléchir, et peut-être quelqu'un viendrait me soulager de cette responsabilité. Si nécessaire, nous essayerions de sortir et de rallier notre compagnie. A ce sujet, je dois dire que nous avions en fait plus peur de quitter le bunker que d'y rester en combattant à cause de l' "ordre du Fuhrer". Etre exécuté par les FeldGendarme (ceux qui portaient une plaque métallique en forme de croissant, suspendue à une chaîne sur leur poitrine) pour fuite, cela nous avait été raconté par les vétérans du front de l'Est, et je n'avais pas envie de vérifier si c'était vrai ou faux.""

""Finalement, les événements ont décidé à ma place. J'avais usé une bande de munitions et j'attendais que Willi en charge une autre dans l'arme. Il a enclenché la chaîne, et j'ai remarqué qu'elle ne faisait que 50 cartouches. Normalement, elle doivent contenir 200 coups. Je lui ai dit d'en mettre plus, sinon cela ne durerai pas longtemps. Il a répondu simplement qu'il n'y en avait plus. Je l'ai regardé sans y croire, et puis j'ai réalisé que nous étions au milieu d'un amoncellement de caisses à munitions vides, de bandes et de cartouches tirées. Tout ce qui restait de 15000 coups! Les deux autres m'ont regardé. Je vois encore leurs figures interrogatives et silencieuses: "Qu'est-ce qu'on doit faire maintenant?" J'étais furieux contre moi-même de ne pas être sûr quoi leur dire. J'ai regardé par l'ouverture. Les Américains gagnaient du terrain, et il y avait des bruits de bataille dans le village derrière nous. Mes yeux ont aperçu le corps de Lang, et je me suis souvenu d'une de ses histoires de Russie. Pendant les quelques jours où nous avions été ensemble, il avait beaucoup parlé de ses expériences du front de l'Est. après sa mort il m'aidait encore. Nous allions utiliser la puissance de feu de la MG42 pour nous sortir de là. D'abord, nous allions utiliser toutes les cartouches dans nos poches pour en faire des bandes de mitrailleuse. Pour les fusils, nous ne garderions que les 5 coups du chargeur. Pendant qu'ils faisaient tout cela, je tirais la dernière bande par petites rafales pour tenir les Américains à distance. Nous avons fait le compte de ce qui restait, 64 coups, un chiffre que je n'ai pas oublié. Nous les avons mis sur une seule bande. Chaque bande fait 50 coups aussi nous avons dû en couper une et la raccorder à la première. En fouillant dans le tas de matériels, Helmuth a trouvé 2 grenades. C'était toujours ça de mieux. Le plan pouvait réussir, nous l'espérions. Les 2 soldats lanceraient les grenades, 1 à droite, 1 à gauche. Ensuite je sortirais avec la MG et j'irais jusqu'à la tranchée proche. De là je les couvrirais avec la MG pendant qu'ils feraient la même course. Willi pourrait courir, mais Helmuth serait gêné par sa blessure. Au lieu d'un fusil, je lui ai donné mon pistolet, cela serait plus facile pour lui. Quant à Willi il porterait 2 fusils.""

""Nous nous sommes accroupis dans l'entrée. J'ai pris une bonne respiration et je leur ai fait signe. Les 2 grenades ont volé en même temps et les explosions ont suivies. J'ai bondi par la porte. Craignant le pire en émergeant à découvert, j'étais chargé d'adrénaline."""

Wegner et son "Commando" étaient isolés et affolés.

""Quand je suis sorti, des balles volaient partout. Avec de la chance, j'ai réussi à atteindre une petite tranchée à quelques mètres. Elle avait été creusée en fait 2 jours avant pour nous abriter lors de raids aériens. Dès que j'ai atterri au fond mes camarades me sont tombés dessus. Ils n'avaient pas voulu attendre que je leur fasse signe. Je leur ai demandé s'ils n'étaient pas blessés. Hors d'haleine, ils ont juste opiné. Nous devions maintenant atteindre le fossé qui nous ferait sortir de la plage (probablement le fossé qui remontait par le sentier actuel de descente du camping). Je les envoyais pendant que je couvrais l'arrière avec la mitrailleuse. Willi est parti le premier, ensuite Helmuth. Quand j'ai pensé que c'était bon, j'ai suivi en faisant attention derrière moi. Brutalement une dégelée de coups de fusil a atterri autour de nous. J'ai vu le casque de Willi voler et lui jeté en arrière! J'ai sauté par dessus Helmuth et j'ai rampé jusqu'à lui. Il n'avait même pas une égratignure! Quand nous avons ramassé son casque, il y avait un trou rond dans la jupe arrière. Naturellement il avait un fort mal de tête. Sans autre incident nous avons été jusqu'au bout du fossé (sur la falaise, là où se trouve le camping). C'était pas loin d'une route (le chemin de la Hérode). Ce n'était pas bon car y avait un grand espace à découvert avant d'être à l'abri. de nouveau j'ai décidé d'y aller d'abord. nous avons regardé autour et en l'air, en cas de chasseurs-bombardiers. Quand j'ai été sûr que c'était bon, j'ai bondi pour traverser la route aussi vite que possible. De l'autre côté, j'ai sauté dans un fossé de drainage qui courait le long de la route. J'ai fait un geste et les autres ont suivi. Dans le fossé j'ai dit que le mieux était de le suivre et de rejoindre Vierville. Nous ne savions pas que les Américains y étaient déjà (probablement on était en fin de matinée). Après une courte marche, nous sommes tombé sur un groupe de soldats morts, des nôtres. Ils étaient 5 ou 6 alignés sur la route. Comme si un chasseur-bombardier les avait attrapé à découvert (un témoignage d'un petit groupe d'Américains infiltrés en milieu de matinée à travers le WN72, parle d'une demi-douzaine de soldats Allemands faits prisonniers sur ce chemin et abattus par l'un d'eux d'une rafale de Thompson gun). Après avoir surmonté la nausée, nous avons pris les munitions de ces pauvres gars, et un autre fusil pour Helmuth. Willi avait lâché l'autre en courant jusqu'à la tranchée. Nous avions un peu plus de 500 coups, dont 300 en bandes pour notre MG.""

""Nous avons continué et trouvé encore des morts, à la fois des nôtres et des Américains. Pendant un moment, c'était comme si nous étions les seuls survivants. Mais le bruit de bataille tout autour de nous montraient que nous n'étions pas seuls. ""

""Willi, qui était le premier, les a vu d'abord. Près d'un tournant du chemin, quelques soldats, des Allemands. C'était un grand soulagement. Nous avons sauté hors du fossé et avons couru vers eux. Ils n'étaient pas brillants, et guère mieux que nous. Certains étaient blessés, tous sales et fatigués. Un feldwebel (adjudant) se montra et nous demanda notre situation. Je lui ai raconté toute notre histoire. Il me dit que mon groupe devait maintenant être avec le sien. Ils revenaient vers leur PC de compagnie, où il y avait aussi un poste de secours (probablement la 9ème compagnie du 726ème, PC au château de Gruchy, qui avait mis en place des soldats en défense à la sortie Ouest de Vierville). Là-bas nous saurions où se trouvait notre compagnie (la 3/914). Il me dit de faire attention aux Feldgengarme, qui pourraient nous accuser de couardise et désertion. Cela m'inquiétait et j'ai défendu ce que nous avions fait. Il a répondu que nous avions fait ce que nous devions, mais que les Feldgendarme pourraient voir les choses autrement. En ajoutant que si nous étions arrêtés, ne pas parler, lui seul parlerait. Je me suis senti mieux après. La dernière chose qu'il me recommanda, c'était de faire un rapport complet aux seuls officiers de ma compagnie, de plus comme les balles sifflaient partout nous n'en verrions probablement aucun de ces salopards. Evidemment il ne les aimait pas. Nous avons suivi le groupe à travers des arbres (le bois du château de Gruchy). Je me sentais tout à fait soulagé. Ensuite mon estomac a crié famine. J'ai réalisé que nous n'avions rien mangé depuis hier. De mon sac à pain j'ai sorti le peu que j'avais, un morceau de pain de campagne. J'en ai coupé un morceau avec les dents, que j'ai tendu à Willi qui l'a pris en silence.""

""Après notre départ de Vierville, plusieurs autres soldats se joignirent à nous, blessés ou perdus comme nous. On s'est tous arrêté quand on a rencontré un groupe d'officiers se disant du QG de la division. J'ai remarqué qu'il y avait en réalité plusieurs groupes stoppés par ces hommes. Nous nous sommes rassemblés sous les arbres, à l'abri des avions. Ils nous ont ordonné de nous regrouper par unités. On a fini par se retrouver en plusieurs groupes de tailles diverses. Il y avait des fantassins, des artilleurs (des postes d'observation de l'artillerie dans les WN), des transmetteurs, avec aussi des hommes de la FLAK et aussi de la marine (le poste de la villa Mary à Vierville). Le groupe de notre 914ème Régiment n'était pas très gros, au plus 15 à 20. Un officier à demandé qu'est-ce que nous faisions là, dans le secteur d'un autre régiment, le nôtre étant plus à l'Ouest. Personne n'a rien dit. Je pense que nous avions tous peur de faire la mauvaise réponse, d'avoir des ennuis, ou pire d'être fusillé pour désertion. Il est allé vers un caporal, le plus haut gradé de notre groupe et s'est adressé à lui. Il s'est mis au garde à vous et a claironné que nous avions été affecté par le 914ème pour renforcer les défenses côtières. L'officier nous a quitté pour consulter les autres sur cette information. Apparemment satisfait, il revint et nous plaça sous les ordres du caporal en lui montrant une carte. Nous étions envoyés à St-Pierre du Mont. Là il devrait retrouver notre unité, en opération contre la pointe du Hoc. Criant bien fort, plus pour les officiers que pour nous, il nous dirigea sur la route. Nous restions près des haies d'arbres. quelques km plus loin nous avons atteint notre régiment. Le caporal était bien content d'être débarrassé de ces traînards. On a été affecté à la 4ème compagnie 4/914, comme remplaçants. Nous avons réussi à rester ensemble, Willi, Helmuth et moi, car nous formions une équipe mitrailleuse complète.""

""On nous a donné un maigre repas, dévoré en quelques secondes. Ensuite on a été dans une ferme pour avoir des munitions de MG. On a eu environ 1000 coups de traceuses et normales mélangées, et à ma surprise 500 coups d'exercice, à blanc! Nous les utilisions au cours des manœuvres, les balles en bois brûlaient avant de sortir du canon, et cela faisait le même effet que les balles normales. C'était sans utilité au combat, aussi j'ai demandé avec humeur au feldwebel pourquoi il me donnait ces munitions. Il n'a pas été furieux mais son ton montrait qu'il n'était pas content de ma protestation. Il a dit: "Bon, écoute, les Amis ne sont pas comme les Russes, la vie compte pour eux. Si vous avez besoin de vous replier, économisez les vrais balles et utilisez une bande ou 2 de ces balles à blanc contre eux, ils s'aplatiront, et vous aurez le temps de filer. Je le sais parce que nous l'avons fait déjà aujourd'hui. J'ai ainsi appris un bonne leçon. Emportant toutes ces munitions, j'ai rejoins mes amis en espérant prendre un bon repos.""

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