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La rafle

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La rafle

Message  La Jeanne le Lun 8 Aoû 2016 - 20:41


La Rafle est un film dramatique et historique écrit et réalisé par Roselyne Bosch, sorti en 2010.

Ce film est inspiré de la tragédie de la rafle du Vél' d'Hiv' des 16 et 17 juillet 1942, dates où la police française a arrêté à leur domicile treize mille personnes fichées comme juives, dont quatre mille cinquante-et-un enfants, et notamment les deux rares survivants Ann Traube et Joseph Weismann, interprété par le jeune Hugo Leverdez.

Résumé
Pendant l'été 1942, la France est sous l'occupation allemande, les Juifs sont obligés de porter l'étoile jaune; Dans le quartier de la Butte Montmartre, deux familles juives vivent comme les autres habitants de ce quartier, à l'exception près qu'étant juifs, ils appréhendent l'arrivée de la Gestapo. À Paris, les avis sont partagés, certains veulent protéger les Juifs en les cachant alors que d'autres comme la boulangère préfèrent les insulter, les injurier, et les rabaisser.

Dans la nuit du 15 au 16 juillet, leur destin bascule à la suite d'un accord entre les nazis et les autorités françaises sur l'arrestation et la déportation des nombreux Juifs, accord qui débouche sur la rafle du Vélodrome d'Hiver. Le quartier de la Butte Montmartre n'y échappera pas, en effet la famille de Joseph Weismann, un enfant juif d'une douzaine d'années, et leurs voisins sont arrêtés après avoir tenté par plusieurs moyens d'y échapper. Le père de Joseph aurait pu échapper à cette arrestation si Joseph ne l'avait pas malencontreusement dénoncé alors que sa mère s'était prétendue veuve auprès de miliciens.

À la suite de cette rafle, ils sont amenés dans le vélodrome d'Hiver, où Joseph et Noé, le petit frère de son meilleur ami, rencontrent une infirmière, Annette Monod, qui fera tout son possible pour les aider eux et les autres enfants juifs. Dans ce vélodrome, les conditions sont précaires et insalubres : ils n'ont pas d'eau, ils sont entassés et ils sont obligés de faire leurs besoins où il y a de la place. Les maigres vivres qu'ils ont emportés doivent être partagés pour que chacun d'entre eux puisse manger. Un petit matin alors que les prisonniers sont assoiffés, les pompiers font irruption et ouvrent les vannes pour donner à boire aux prisonniers. Ils acceptent aussi de « faire passer » les lettres qui leur sont confiées. Le Capitaine Pierret, des pompiers de Paris, se sert même de son grade (le plus élevé parmi tous les militaires présents au Vél' d'Hiv' : Gendarmerie nationale et Pompiers de Paris) pour prendre le commandement du Vél' d'Hiv' afin d'imposer le silence aux gendarmes mécontents de l'attitude de ses hommes et lui.

Au bout de deux jours, les raflés sont déportés dans un camp de transit, à Beaune-la-Rolande, dans le Loiret, où les conditions de vie sont insupportables : nourriture mauvaise et en maigre quantité, maladies, sans parler du désespoir psychologique des déportés. Affamés et affaiblis, les juifs affrontent la faim et la soif. Quelques jours plus tard, les parents et les plus âgés de leurs enfants sont déportés dans un camp d'extermination, à Auschwitz, seuls les plus jeunes doivent rester en espérant leur retour qui n'aura pas lieu. Ces enfants ont été arrachés des bras de leur mère et Annette redouble d'efforts malgré la fatigue pour s'occuper d'eux.

À la suite des dernières paroles de sa mère lui disant de s'enfuir, Joseph et un de ses camarades s'enfuient avec la complicité des autres. Joseph ne peut pas emmener avec lui son meilleur ami parce qu'il est malade, il a une vilaine hernie qui l'empêche de marcher. Finalement Joseph survivra grâce à son évasion ainsi que Noé qui s'est échappé du train et qui a été recueilli par un couple de personnes âgées. En 1945, à la fin de la guerre, ils retrouvent tous deux Annette au Lutetia, un hôtel parisien où sont accueillis les rescapés des camps.

Anna Traube





Le 16 juillet 1942, Anna Traube n'a que vingt ans quand elle est arrêtée à son domicile parisien, comme 13 000 autres Juifs. Conduite au Vélodrome d'Hiver, elle s'en échappe cinq jours plus tard. Aujourd’hui, depuis Nice où elle réside, cette rescapée se souvient.

Quels souvenirs gardez-vous de votre arrestation ?

Je n'ai jamais pu oublier cette journée. Il est près de midi quand la sonnette retentit dans notre appartement du Xe arrondissement. Je pense que c'est une amie, mais quand j'ouvre la porte, je vois deux policiers : l'un en uniforme, l'autre en civil. Deux Français. Mon père est déjà en zone libre, à Limoges, et mon frère, comprenant immédiatement de quoi il retourne, s'échappe par l'escalier de service pour se réfugier dans une chambre de bonne. Il ne reste que ma mère et moi. Les policiers me disent : « Nous vous emmenons ». Quand on s'inquiète de notre destination, ils ne répondent pas. Ils sont très polis. Ils nous ordonnent de préparer deux jours de vivres, et de prendre des couvertures. Ma mère les supplie de nous laisser partir, elle s'accroche à leurs bras. Très vite, je comprends que c'est inutile. Je n'ai qu'une idée en tête : m'échapper.

Comment vous y prenez-vous ?

Alors que les policiers nous laissent préparer nos affaires, je dis à ma mère : « Seule je pourrai m'en sortir, mais avec toi ça ne sera pas possible ». Je la jette alors littéralement dans l'escalier de service afin qu'elle rejoigne mon frère. Je m'échappe aussi par l'escalier, mais au lieu de monter vers les chambres de bonnes, je descends dans la cour qui mène à la rue. Là, un policier m'attend. Il a ordre d'emmener quatre personnes. Me voyant seule, il va se renseigner chez la concierge. Nous finissons par partir. Je suis la seule arrêtée, c'est un miracle. Sur le trajet, j'essaie à nouveau de me sauver. Je fais de l'athlétisme à l'Université donc je cours très vite, mais il y a du monde dans les rues et je suis rattrapée. Les policiers me conduisent dans la cour d'une école, Faubourg Saint-Martin. Deux bus y sont stationnés. Une table de tri est tenue par des jeunes du PPF. On me demande mon âge et si je suis seule, puis on m'indique le bus de gauche. Un homme passe à côté de moi et me murmure : « Allez dans l'autre ». C'est le second miracle de la journée : au lieu de finir à Drancy, où m'aurait conduit le premier bus, je me retrouve au Vel d'Hiv.

Etes-vous témoin de gestes de solidarité lors de votre arrestation ?

Je n'en ai vu aucun. Personne ne pouvait rien faire de toute façon.

Quelles sont les conditions de vie au Vélodrome d'Hiver ?

Ce qui me frappe le plus en arrivant, c'est la foule. Il est plus de midi, beaucoup d'arrestations ont déjà eu lieu. Cris, brouhaha, lumière glauque : voilà mes premières impressions. Je reste au Vel d'Hiv cinq jours et cinq nuits. Au bout de deux jours, on nous donne une soupe infâme, que je ne peux pas toucher. Heureusement, j'ai retrouvé des amis de mes parents qui me donnent des vivres emportés pour eux.

Comment avez-vous réussi à vous évader ?

Sans arrêt je me dis : « Il faut que je me sorte de là à tout prix ». Alors je m'installe en haut des gradins et j'observe. Une tente de la Croix-Rouge est installée sur la piste en bas, provoquant beaucoup de va-et-vient. Je comprends qu'il faut que je m'échappe par là. Que peut-on inventer pour s'évader, quand on est jeune et plutôt belle ? Je dis au médecin de la Croix-Rouge que j'ai des hémorragies, des « trucs de femme ». Il me faut un laisser-passer. « Ça va être difficile car vous êtes une femme » me prévient-il. Je repère des plombiers des Eaux et Forêts, ils viennent pour « l'assainissement ». Leur chef, Gaston Roques, me fournit un laisser-passer normalement destiné aux ouvriers. Je le remplis moi-même, avec une fausse identité : Yvette Baudoin. Je trouve que ça sonne bien. Gaston Roques m'a confié que le premier barrage à l'intérieur du Vel d'Hiv est au courant des évasions. Je le passe sans problème. Au second barrage, je reconnais un garde qui m'a « baratiné » un peu avant, en m'affirmant que si j'étais « gentille » avec lui, il me laisserait sortir. Quand j'arrive devant lui, il regarde mon laisser-passer, l'air de dire : « Mais comment as-tu fait ? ». Il me laisse traverser, son collègue ne remarque rien. La distance jusqu'au dernier barrage, à l'extérieur du Vel d'Hiv, me semble interminable. Mais je ne rencontre pas de problème non plus, et me voilà dehors.
Libre, mais pas encore à l’abri…
Gaston Roques m'avait prévenue : « Surtout, ne courrez pas». Avant de partir, il m'avait indiqué un itinéraire jusque chez un « bougnat » du quartier qui pourrait me loger pour la nuit. J'essaie tant bien que mal de m'en rappeler : surtout, il ne faut pas qu'on me voit hésiter. Alors que je marche, un petit oiseau se pose devant moi. Il sautille, comme pour m'indiquer la route. Je pense avec émotion : « Lui, il est libre, tous ces gens autour aussi, et moi, peut-être ». J'arrive à destination sans encombre. Le patron de l'hôtel me nourrit et me donne une chambre au premier étage. Le lendemain matin, la mère d'une amie vient me chercher pour m'emmener chez elle, à Bois-Colombes, où je reste quinze jours cachée, bien nourrie, à jouer au ping-pong.

Que faites-vous ensuite ?

Je me demande ce que sont devenus ma mère et mon frère. Je pense qu'ils sont partis se cacher chez un ami de mon père. Nous réussissons à établir un contact, et un voyage vers Limoges s'organise. En arrivant à la gare, le train est bondé. Je repère un wagon qui semble plus vide que les autres et m'en approche : il est rempli d'Allemands. Voyant ma mère et mon frère s'éloigner, je leur fais signe de venir. « Au cœur du danger, nous serons peut-être plus en sécurité » me dis-je. Et en effet, le voyage se passe sans contrôle jusqu'à Limoges.

Aviez-vous idée de ce qui attendait les Juifs après l'enfermement au Vel d'Hiv ?

Non. A l'époque, personne ne se doute de ce qu'il se passe ensuite. On pense qu'ils prennent les hommes pour les faire travailler en Allemagne. Quand on demande pourquoi les familles entières sont emmenées, on nous dit : « On ne veut pas séparer les familles ». Ça semble être une bonne intention.

Comment avez-vous vécu le discours de l'Etat français sur la mémoire de la Rafle ?

Pendant longtemps, personne n'en parlait. Moi-même, j'essayais d'occulter cette épreuve pour aller de l'avant. Je faisais tout le temps des cauchemars où j'étais poursuivie. J'étais révoltée quand j'entendais que le gouvernement français ne reconnaissait pas l'implication qu'il avait eue dans la Rafle. C'est Jacques Chirac qui, le premier, a eu le courage d'en parler. Bien sûr, j'étais soulagée.

Un sondage CSA commandé par l'Union des Etudiants Juifs de France dévoile aujourd'hui qu'entre 57 et 67% des Français de moins de 35 ans ne connaissent pas la tragédie du Vel d'Hiv. Que faire pour combler cette ignorance, soixante-dix ans après la Rafle ?

Il faut en parler pour que cela se sache. Il existe beaucoup de témoignages, des livres notamment. Je suis allée plusieurs fois rencontrer des élèves dans des écoles ou au Mémorial de la Shoah. Je terminais souvent mon témoignage par cette recommandation : dans des périodes troublées comme celle -là, il ne faut pas obéir aux ordres mais à sa conscience.
Evadée du Vel d'Hiv, Anna Traube, Collection Témoignages de la Shoah, Le Manuscrit

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Joseph Weismann

Message  La Jeanne le Lun 8 Aoû 2016 - 20:53



Le témoignage du survivant qui a inspiré «La rafle»

Jusqu’en 1950, Joseph Weismann a espéré revoir ses parents, ses sœurs, tous déportés. Après la guerre, il a voulu changer de nom, « s’appeler Dupont, comme tout le monde ». Puis il est devenu « vindicatif, bagarreur, un pantin démantibulé qui devait se ­reconstruire », dit-il. « La rafle* » s’inspire de son histoire. Son fils y tient le rôle d’un gendarme qui passe prévenir une concierge.
Pourquoi pensiez-vous que personne n’oserait faire un film sur la rafle du Vel’d’Hiv’ ?

Parce que hors de l’humain, inmontrable. Je vous dis tout de suite que Roselyne Bosch est restée très en deçà de la vérité. Personne n’aurait pu le supporter.

Gardez-vous des souvenirs précis de cette journée du jeudi 16 juillet 1942 ?

J’avais 11 ans. J’étais en train de jouer près du 54, rue des Abbesses, où nous habitions. Une camarade m’a dit : “Tu devrais rentrer, pour les Juifs ce n’est pas bon aujourd’hui.” Il était midi, je suis remonté chez moi, au quatrième étage. Ils ont frappé à la porte à midi et demi. Un agent en uniforme, qui avait des yeux de poisson mort, un autre en civil. Ils ont immédiatement fermé notre fenêtre en expliquant qu’il y avait déjà eu des suicides le matin et qu’ils n’en voulaient plus. Ils nous ont laissé vingt minutes pour préparer nos affaires, quelques vêtements, un peu de nourriture. Il n’y a pas eu de violence. Ils nous ont emmenés tous les cinq, à pied d’abord, et je me souviens très bien m’être dit, au premier carrefour, que je pouvais m’échapper, courir, qu’ils ne me rattraperaient jamais. Mais, bien sûr, je n’ai pas quitté mes parents et mes sœurs. C’était une journée d’été très chaude. Dans l’autobus pour le Vel’d’Hiv’, un énorme orage a éclaté. Une dame a dit : “Dieu pleure sur le sort des Juifs.”

Quelles étaient les conditions de vie au Vel’d’Hiv’ durant vos cinq journées de détention ?

Quand je me suis rendu sur le décor du vélodrome recréé à Budapest, j’ai été pris à la gorge par une odeur d’urine pestilentielle que j’étais le seul à sentir, projeté soixante-huit ans en arrière. Le Vel’d’Hiv’ puait de milliers de jets de pisse, de milliers de transpirations réunies. Les nôtres, celles des femmes enceintes, des vieillards, des malades, des bébés. J’ai également le souvenir d’un vacarme assourdissant, jour et nuit, qui me poursuit encore. Nous étions assis, la tête tombant sur une épaule. Personne ne dormait. Les haut-parleurs diffusaient sans cesse des annonces nasillardes. Maman m’avait demandé d’essayer de retrouver ses frères dans la foule. Je me suis dit que j’allais me perdre, ne plus jamais la revoir, mais, obéissant, je suis parti : trois heures pour faire le tour du vélodrome. Sans succès. Mes deux oncles n’avaient pas été arrêtés.

Vous souvenez-vous du départ du Vel’d’Hiv’ ?

Une pagaille épouvantable. Des milliers de personnes qui doivent de nouveau monter dans des autobus. Et sur les quais de la gare d’Austerlitz, les Feldwebel, les gendarmes allemands, avec leur plaque sur la poitrine et leurs chiens, alignés tous les 5 mètres le long de convois. Nous avons été entassés dans des wagons dès 10 heures du matin, mais le train n’a pas démarré avant midi, et nous ne sommes arrivés qu’à 18 heures à Pithiviers ou à Beaune-la-Rolande, les deux camps qui avaient été aménagés. Huit heures pour parcourir 100 kilomètres ! Il faisait 40 °C, nous n’avions ni eau ni toilettes. Juste une petite lucarne en haut à droite dans le wagon. De temps en temps, un père essayait de porter son enfant à bout de bras pour qu’il puisse respirer.

Quel fut le jour le plus terrible à Beaune-la-Rolande ?

La déportation au début du mois d’août. Tout a commencé à 5 heures du matin par des fouilles au corps perpétrées de façon dégueulasse : des femmes à qui l’on arrachait les boucles d’oreilles, qui étaient projetées par terre et tabassées à coups de pied quand on trouvait de l’argent sur elles. Les Juifs qu’on emmenait vers la mort ne devaient rien emporter. Je tremblais comme une feuille en attendant le tour de ma mère, que je tenais par la main.

Et ensuite...
Nous avons été parqués, tassés, en plein soleil, sur l’esplanade du camp. Nous avons attendu pendant une douzaine d’heures pour monter dans des camions. Vers 18 heures, des officiers allemands sont arrivés. Ils ont dû décider qu’il y avait trop d’enfants, car ils en ont choisi au hasard plusieurs centaines pour rester au camp tandis que leurs familles partaient vers Drancy puis Auschwitz. J’ai été choisi pour rester. Pourquoi moi plutôt que mes sœurs ? Ils sont partis et nous avons été séparés définitivement. Que nous ayons eu 5 ans, 8 ans, 11 ans, nous, enfants, n’avions qu’une idée effroyable : mourir. Nous pleurions, hurlions, des loques humaines.

Pouvez-vous raconter cette scène de séparation ?
J’en suis dans l’impossibilité. S’il vous plaît, ne me demandez pas de replonger là-dedans.

Mais vous ne vous êtes pas laissé abattre...
On nous avait dit qu’on rejoindrait nos parents dix ou quinze jours plus tard, mais je n’y croyais plus. Déjà, un officier avait donné sa parole à mon père, engagé dans le 3e régiment étranger, que nous ne quitterions pas le pays. Le soir, j’ai décidé de m’évader. L’instinct de survie me guidait. Me sentant très fragile, je me suis mis en quête d’un copain, un grand : j’ai rencontré Joseph Kogan. Et, le lendemain, nous avons profité de l’heure de distribution du seul repas, à midi. Nous avons mis pratiquement cinq heures pour franchir les 15 mètres de rouleaux de barbelés, hauts de plus de 2 mètres. J’ai encore des cicatrices plein les mains et partout sur le crâne.

Partiez-vous sans rien pour subvenir à votre existence ?
Deux jours auparavant, de corvée de tinettes, j’avais remarqué que les gens dissimulaient leurs biens dans la merde des toilettes communes. Je suis tombé sur quelques billets que j’ai lavés et empochés.

Que s’est-il passé ensuite ?
Trois jours de cavale à travers la forêt d’Orléans, en lambeaux, sales, la tête rasée, morts de faim : deux enfants juifs errants qui avaient arraché leur étoile. Nous avons fait du porte-à-porte jusqu’à ce qu’une femme nous prenne par la main et nous conduise au poste. Pour nous dénoncer ou pour nous protéger ? Je ne le saurai jamais. Le gendarme qui nous a enfermés dans “le trou du vagabond” a dit qu’il laisserait la porte ouverte. Un miracle. Nous nous sommes enfuis au petit matin. Un bus pour Montargis et le train pour Paris. Là, nous nous sommes séparés.

Quel a été votre premier réflexe en arrivant à Paris ?
Je suis retourné à l’appartement dont je n’avais pas la clé. Je voulais toucher ma porte. Notre voisin de palier m’a surpris et m’a raconté l’histoire du haricot que j’avais planté dans un pot, laissé sur le rebord de la fenêtre : “Quand je l’ai vu qui poussait et qui restait vert malgré la chaleur et la sécheresse, je me suis dit : Joseph va survivre, Joseph va revenir.”

A qui en voulez-vous le plus aujourd’hui ?
Au gouvernement de fait et non de droit de Vichy. A ceux qui ont été nos ennemis personnels, Xavier Vallat, commissaire aux questions juives, Louis Darquier de Pellepoix, qui l’a remplacé, et René Bousquet, secrétaire général de la police nationale. Les deux premiers sont morts de leur belle mort, riches et considérés. J’en souffre. Je considère que je n’ai pas été vengé. On me devait justice.

Comment avez-vous supporté de voir le film ?
La première fois, je n’ai rien vu, j’ai revécu. J’étais enfant avec les enfants. J’ai respiré avec eux, j’ai marché avec eux. La seconde fois, cramponné aux bras de mon fauteuil, j’ai vu. Mais je ne peux pas être un spectateur. J’ai le triste privilège d’être un témoin.

Est-ce que vous rêviez qu’un film grand public raconte ce que vous avez vécu ?
Je m’étais assigné cette mission vis-à-vis des enfants dont j’ai partagé le sort. C’est un témoignage que je lègue aux générations futures. Considérez cela comme un testament.

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