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1 - Souvenirs de Michel Hardelay (31 ans en 1944), habitant de Vierville

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1 - Souvenirs de Michel Hardelay (31 ans en 1944), habitant de Vierville

Message  Hick22 le Mer 21 Sep 2016 - 21:30

Vierville pendant l'occupation Allemande

LE SYSTÈME DE DÉFENSE ALLEMAND en 1942 (extrait livre "Opération Aquatint" de Gérard Fournier et André Heintz)

Depuis le 20 octobre 1941, la Feldkommandantur 723 de Caen a déclaré " zone côtière interdite " tout le nord du département du Calvados, c'est-à-dire une bande de terre de 15 à 20 kilomètres de profondeur, comprise entre la côte et la route nationale de Cherbourg à Caen, via Bayeux, à l'ouest, et la route nationale de Caen à Pont-L'Evêque, via Troarn et Dozulé, à l'est (voir carte). Ne sont autorisés à pénétrer dans la zone interdite que les Calvadosiens qui peuvent fournir une attestation de résidence principale délivrée par le maire de leur commune de résidence. Ceux qui n'appartiennent pas à cette catégorie ne sont admis à s'y rendre que sur présentation d'une autorisation spéciale délivrée par les autorités allemandes.
A Saint-Laurent-sur-Mer, comme à Vierville-sur-Mer, et dans beaucoup d'autres communes du littoral, les Allemands ont donc interdit l'accès à de nombreuses villas, résidences secondaires appartenant souvent à des Parisiens, occupées seulement quelques mois par an. Plusieurs sont réquisitionnées par des soldats de la Wehrmacht ou de la Luftwaffe, en cantonnement dans le secteur, comme l'indique une attestation du maire de Vierville du 3 avril 1942. A cette date, neuf sont occupées par trois officiers et environ 90 sous-officiers et hommes de troupes, et 16 autres pouvant être également affectées au logement de 200 militaires allemands, demeurent disponibles.
Avertis par les gens du pays qui peuvent encore se rendre à la plage, à certaines heures de la journée, et dans des secteurs bien délimités, plusieurs propriétaires sont informés que leurs villas ont subi des détériorations, ou des vols, et les plaintes affluent auprès des maires des communes qui les relaient auprès de la Sous Préfecture de Bayeux. Mais les réclamations adressées par le Sous-Préfet Rochat auprès du major Hoffmann, commandant la Kreiskommandandantur 789 de Bayeux, restent, le plus souvent lettres mortes.



A la fin de l'année 1941, la stratégie de l'armée allemande se trouve profondément modifiée après l'entrée en guerre des Etats-Unis. D'offensive, elle devient défensive comme le confirme la directive d'Hitler de décembre 1941, qui donne l'ordre de construire une ligne de défense sur les côtes occidentales de l'Europe. Depuis le mois de juin 1941, le commandement suprême du front ouest a été confié au maréchal von Witzleben. C'est donc lui qui reçoit la charge d'assurer la défense d'environ 4 000 kms de côtes depuis le sud-ouest de la France jusqu'au nord de la Norvège.
Les travaux confiés à l'Organisation Todt (O.T.) se limitent encore à la défense des grands ports, comme
Le Havre et Cherbourg, dans notre région ; à la construction de grands abris bétonnés pour sous-marins de la côte atlantique : Brest, Lorient, Saint-Nazaire, La Pallice et Bordeaux, et à quelques grands endroits stratégiques, comme le littoral du Pas-de-Calais, où elle emploie 12 000 ouvriers pour édifier cinq emplacements d'artillerie lourde.

C'est par la directive n' 40 (Die Weisung n° 40), du 23 mars 1942, intitulée : Küstenverteidigung (Défenses côtières), qu'Hitler donne véritablement naissance à l'Atlantikwall, le " Mur de lAtlantique ". Il y expose sa politique de défense européenne et en définit l'organisation, précisant les pouvoirs de commandement et les attributions données à chacune des trois armes.
Avec sa directive n° 41 du 13 août 1942, Hitler confie à l'O.T. la construction du mur qui doit mettre à l'abri de toute agression extérieure les côtes de France, de Belgique et des Pays-Bas. Pour ce faire, il est prévu de mettre en chantier, sur le littoral de l'Atlantique, de la Manche et de la Mer du Nord, 15 000 blockhaus bétonnés qui doivent être achevés pour le 1er Mai 1943.


Dernière édition par Hick22 le Mer 4 Jan 2017 - 11:58, édité 1 fois

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Re: 1 - Souvenirs de Michel Hardelay (31 ans en 1944), habitant de Vierville

Message  Hick22 le Mer 21 Sep 2016 - 21:31

Souvenirs de Michel Hardelay

1 La LUFTWAFFE occupe le bord de mer.

(Michel Hardelay avait fait dans l’aviation la guerre entre septembre 39 et juin 40, et s’était retrouvé en zône non occupée au moment de l’armistice, il n'est revenu en zône occupée qu'en octobre 40)

"J'avais passé la ligne de démarcation un soir de fin octobre 1940, à Moulins, quelques minutes avant la fermeture des bureaux allemands. Peu de jours avant, le Maréchal Pétain avait rencontré Hitler à Montoire et les Allemands étaient favorablement disposés envers les officiers français qui regagnaient la zone occupée.

Je n'avais eu que de vagues nouvelles de ma mère par les deux lignes parcimonieusement autorisées sur les cartes interzones; je la savais rentrée à Vierville après son repli en Bretagne mais j'ignorais dans quelles conditions elle vivait.

J'avais pu ramener de Miramas ma fidèle 301 (une Peugeot 301), ce qui avait demandé beaucoup de démarches et de temps. Aussitôt arrivé à Paris je cachais la voiture dans une remise que possédait ma mère et me mis en rapport avec celle-ci par lettre - unique moyen de communication avec la province occupée, (pour) des parents, des hommes d'affaires et mon notaire, car il y avait beaucoup de problèmes à régler.

Cela me prit cinq semaines et ce n'est que début décembre que je pus prendre enfin le train de Cherbourg après avoir retenu une place.

Quand j'arrivais à Bayeux le propriétaire fermier de l'Ormel (Fernand Leterrier, futur maire de Vierville à partir de 1942) qui avait logé ma mère dans la maison qu'il était en train d'aménager pour sa retraite (la maison de la rue Pavée, qui a logé plus tard sa fille Madame Jacquet) m'attendait à la gare avec sa voiture. Il avait sacrifié deux précieux bons d'essence pour le trajet. Ma mère l'avait accompagné; je ne l'avais pas revue depuis onze mois.

Elle m'expliqua qu'elle n'avait pu revenir assez tôt pour occuper notre villa (Les Hortensias, sur la plage) avant que les Allemands ne s'y installent et que toutes les villas non habitées à leur arrivée, c'est-à-dire presque toutes, avaient été réquisitionnées. Seules "Le Pigeonnier" habitée par une vieille amie, alsacienne d'origine et donc parlant couramment allemand, et "La Source" où s'était retiré un ancien bijoutier de la capitale (Monsieur Mathy) avaient été laissées à leur propriétaires.

Il faut ajouter à ces deux exceptions deux ménages qui occupaient des pavillons de gardiens : les Bertram et les Quesnel; ces derniers étaient gardes de la villa "Ker Maria" (villa de M. Defortescu aujourd’hui) , de construction récente et qui possédait tout le confort moderne de cette époque. Le colonel de l'unité de la Luftwaffe se l'était évidemment réservée laissant ses services s'installer dans les plus vastes.


Ainsi nous avions hérité d'un capitaine et d'un lieutenant, de divers secrétaires et d'un interprète, professeur de français à Berlin. Comme notre villa était destinée à des vacances d'été, ces messieurs (c’est souvent ainsi que les français occupés appelaient les allemands) avaient dû installer des poêles dans chacune des pièces et même une baignoire à chauffage d'eau électrique par accumulation.

Les Allemands nous autorisaient à entretenir le jardin, les fleurs et à cultiver les potagers. Nous pouvions cueillir les fruits après qu'une expérience tentée sur des figues pas mûres les aient dégoûtés des fruits français. Il y a toujours un figuier dans le jardin des Hortensias) .

Un jour le capitaine me fit signe de le suivre, monta un étage et s'arrêta devant un petit meuble qui se trouvait autrefois dans ma chambre; il l'ouvrit et me tendit des photos. Elles avaient été prises au camp de Biscarosse (un camp militaire français d’aviation, dans les Landes, pour les hydravions) et représentaient des camarades officiers servant du matériel et des canons de D.C.A. modernes. J'étais présent sur plusieurs photos; il me les remit et me dit : "Pour vous", cela sous entendait : "Nous savons tout de vos états de service, mais nous respectons tous les officiers français qui ont fait leur devoir et qui ne sont pas prisonniers".

Un autre jour le lieutenant me demanda : « Jude ? (juif, en allemand)» en me désignant; j'amorçais une réponse en anglais : « I am... » , mais il mit un doigt sur ses lèvres en souriant pour me faire comprendre qu'il ne fallait pas utiliser cette langue. Je me contentais de répondre : ''Catholique" alors que je désirais lui spécifier que mes ancêtres étaient huguenots au dix-septième siècle.

Je ne sais quelles étaient les fonctions de cette unité de l'aviation allemande, bombardement de l'Angleterre, surveillance des côtes ou exploration sur l'Atlantique?
De toutes façons ils ne paraissaient pas avoir de grosses préoccupations pendant l'année 1941 et profitèrent de la plage et du beau temps de l'été : concerts par la musique régimentaire, soit sur le tennis, soit devant les fenêtres de "Ker Maria" , et bain de mer ou de soleil. Je les ai vus allongés sur des transatlantiques, se faisant servir sur la plage des boissons par des serveurs gantés de blanc en écoutant musique et informations, n’ayant pas hésité à dérouler un câble pour amener le courant électrique de la maison au premier banc de sable.

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Re: 1 - Souvenirs de Michel Hardelay (31 ans en 1944), habitant de Vierville

Message  Hick22 le Mer 21 Sep 2016 - 21:32



La musique militaire allemande joue dans le jardin de la villa des Parmentier, vers 1941

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Re: 1 - Souvenirs de Michel Hardelay (31 ans en 1944), habitant de Vierville

Message  Hick22 le Mer 21 Sep 2016 - 21:33



La seule fausse note eut lieu un après-midi de septembre 1941; un pilote sans nul doute novice voulut saluer son colonel et lui montrer de quoi il était capable ; il arriva en rasant les vagues et amorça un looping, mais n'étant pas monté assez haut il ne put redresser son appareil assez vite, et celui-ci piqua du nez dans la mer.

J'étais en observation dans la maison du village (celle où Michel Hardelay s’était réfugié avec sa mère, au bout de l’impasse de l’épicerie Dumont) et n'ai rien perdu du spectacle, l’œil rivé à ma longue-vue. Le pilote avait pu se dégager à temps et je le vis nager ou plutôt flotter, son parachute faisant office de bouée de sauvetage. Une vedette vint le recueillir une demi-heure plus tard. Une trentaine d'années après un chalutier de Port‑en‑Bessin ramena dans ses filets le moteur et l'hélice de ce chasseur.

Puis ce fut l'échec de l'armée allemande devant Moscou; par une fraîche matinée du début d'avril 1942 je vis le lieutenant se promener lentement dans le jardin accompagné d'une ''souris grise"; C'était le signe d'un proche départ de l'unité qui avait passé dix-huit mois à Vierville. Certains allaient partir sur le front de l'Est, mais les chouchous du maréchal Goering (le chef de la Luftwaffe) allaient finir la guerre à Jersey ou à Guernesey après un bref passage à Granville où j'ai eu la surprise de manger dans une assiette de notre service en 1945 au mess des officiers de cette garnison. Les armées ont l'habitude de servir des mêmes locaux que leurs prédécesseurs, les villes leur proposant les mêmes immeubles pour plus de commodité.

Les aviateurs allemands nous ayant prévenus qu'une unité du génie allaient procéder à certains aménagements, nous décidâmes de récupérer tout ce qui pouvait l’être : gros meubles rarement intacts, portes, appareillage électrique.

Nous devions remonter les objets par la falaise; ce fut une course avec d'autres récupérateurs car nous avions beau fermer la villa à notre départ, nous la retrouvions ouverte le lendemain, certains allemands n'hésitant pas à forcer les portes pour profiter de la literie médiocre laissée sur place, et ce parfois en galante compagnie.

La société d'électrification - ce n'était pas encore l'E.D.F.- s'était empressée de démonter ses compteurs et son transformateur alimentant la plage, de récupérer ses câbles ou, du moins, ceux que les Allemands n'avaient pas pris; quand aux poteaux ils devaient servir à de multiples usages bien différents à celui pour lequel ils avaient été employés.

Et les destructions commencèrent avec l'arrivée du génie.

2 ‑ L'INFANTERIE occupe le village.

A mon arrivée l'infanterie s'était organisée pour passer l'hiver et surveiller la zone qui lui était attribuée; elle contrôlait la population, régentait les corvées, notamment les transport, par des demandes auprès du maire. Comme nous étions en zone côtière "dite interdite" pour les habitants hors zone, chaque maison devait avoir à l'intérieur sur sa porte d'entrée un papier portant le nombre et les noms des occupants certifié par l'autorité allemande et chacun devait posséder un « ausweis » prouvant qu'il habitait en zone interdite. La ville de Bayeux se trouvait hors zone, celle-ci commençait sur la RN 13 et en direction de Cherbourg en haut de la côte de Vaucelles; il y avait en ce lieu un panneau qui signalait que l'on pénétrait en zone côtière et qui avertissait les personnes qu'elles devaient être munies d'une autorisation spéciale, mais il était très rare qu'il y ait un contrôle par la Feld-Gendarmerie. (la gendarmerie militaire allemande)

Par contre cet ausweis était très utile en cas de vérification d'identité en zone occupée et m'a rendu bien des services dans le métro ou à l'arrivée à la gare Saint‑Lazare, car il supposait que j'étais connu des services allemands et surveillé par ceux-ci.
Pour en revenir à l'occupation allemande à Vierville, l'infanterie avait établi la Kommandantur au manoir de Thaon où logeait le capitaine (Le capitaine s’appelait Adolf GRUNSCHLOSS. il était né le 19 Janvier 1893 et était borgne de l’œil droit. Sa fille recherche sa tombe. Il a peut-être été enterré dans les tranchées du parc du Manoir de Thaon??) (ce n'est plus lui qui était là le 6 juin 44, il était à Gruchy), le secrétariat, les services de transmission et la popote pour la troupe. Le lieutenant avait fait réquisitionner la maison de Mr Le L. , conseiller municipal (il s’agit peut-être de Monsieur Le Large ?), qui s'était réfugié dans une annexe. Sa maison devait servir de réserve en équipements et uniformes, comme je l'appris beaucoup plus tard.

Pour la troupe les locaux ne manquaient pas : toutes les chambres meublées de Fernand (Le Gallois), le propriétaire du bazar de la plage, l'hôtel du Casino et celui de la Plage ‑ appelé par la suite de la "Place" ‑ (l’hôtel Merlin, détruit par incendie dans les années 80 ou 90), la "Fontaine" (La Pie qui Tette) et même la mairie, qui ne servait guère.

Le château de Vierville devait être réquisitionné en 1942 (en fait, Michel Hardelay fait une erreur, le château n’a été réquisitionné complètement que le 2 mars 1944, auparavant seuls 1 ou 2 officiers ont été logés depuis 1940, avec leurs ordonnances dans les communs) et abriter les ouvriers de l'entreprise Todt qui travaillait à la construction du "Mur de l'Atlantique"

3 ‑La KRIEGSMARINE ‑ Effectif réduit.

La marine Allemande était aussi présente à Vierville mais ne comportait que trois ou quatre représentants qui occupaient "La Rinascente », une villa située presque en haut de falaise au-dessus de l'hôtel du Casino. (il s’agit, je crois, de la villa de Monsieur Mary à l’époque)

Ces marins, non navigants, devaient rester jusqu'au débarquement; on apercevait de la plage plusieurs antennes autour de leur poste ce qui laissait supposer que leur travail consistait à recevoir des messages des navires et sous-marins, à transmettre des ordres ou a établir un bulletin météo.

Ces marins vivaient en vase clos sauf un que l'on surnommait "La Pipe" car il avait un éternel "brûle-gueule" au coin de sa bouche. C'était un homme entre deux âges, brun, connaissant quelques mots de français, mais antipathique et sournois, et que certains pré­tendaient appartenir à la Gestapo; la population s'en méfiait donc.

4 ‑ La PECHE avec autorisation.

Les Allemands s'étaient très vite rendu compte qu'ils avaient tout intérêt à tolérer la pêche à pied car celle-ci permettait à leurs troupes d'avoir un supplément non négligeable de nourriture gratuite ou peu onéreuse par retenue à la source.

En effet il était possible aux habitants d'avoir une autorisation pour aller sur la plage à l'époque des harengs ( de septembre à décembre ) afin de tendre leurs « harenguères ». Mais, comme ces filets devaient être relevés de nuit, cela impliquait une entorse au couvre-feu et un accompagnement par un ou deux soldats la nuit.

Par contre, avant de permettre aux pêcheurs de se rendre sur les lieux de pêche en ouvrant la barrière située en bas de la rue de la Mer, certains soldats avaient eu le temps de faire certains prélèvements lorsque les prises étaient nombreuses et avant que les renards ne le fassent, ce qui n'était pas rare.

Les autorisations étaient également valables pour la pêche dans les rochers sous les communes de Louvières et d'Englesqueville, mais de jour seulement, et sous la surveillance des soldats occupant les hauts de falaise. Ceux‑ci n'ignoraient pas la pêche au fusil, quitte à utiliser les « dévalous » pour aller chercher leurs cibles. qui étaient toujours de grosses pièces, congres ou bars.

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Le premier évènement grave survint peu après mon arrivée, c'est-à-dire durant l'hiver 1940‑1941, alors qu'il y avait de la neige en bord de route.

Fernand, (Le Gallois) le propriétaire du bazar de la plage qui se trouvait alors à l'emplacement du monument‑, actuel de la National Guard U.S., avait une âme de naufrageur récupérateur ( sa famille n'avait elle pas acheté aux Domaines pour le découper l'épave du bateau échoué pendant la première guerre mondiale dans la "fosse" de Louvières ) ‑ Il avait au cours d'une prospection sur la plage trouvé et rapporté un objet en cuivre assez lourd.

Arrivé devant la devanture de son bazar il le jeta à terre; mais l'objet en question était sans doute un détonateur de mine qui demandait à être manié avec précaution, il explosa et le souffle décapita Fernand.
Heureusement aucun des militaires hébergés à proximité ne fut blessé, pas même le planton de garde au barrage de la route, mais les autorités allemandes crurent aussitôt à un attentat. Il fallut l’intervention du maire, (Monsieur Dubois, fermier dans la dernière ferme sur la droite, route de Grandcamp) ancien prisonnier de guerre en Allemagne et, qui pouvait se faire comprendre, pour leur démontrer que c'était un accident fortuit, que le responsable était mort et qu'il n'y avait que des dégâts matériels insignifiants.
Pendant ce temps on recherchait la tête de Fernand; on la retrouva finalement au-dessus du faux plafond de la devanture qu’elle avait percé et qui s'était refermé après son passage.

Cet incident n'eut pas de suite et rien de notable ne devait avoir lieu en 1941. (La date exacte peut se retrouver. Il suffit de consulter les actes de décès à la mairie de Vierville -c'était le 4 janvier 1941)



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5 ‑ Le GENIE ALLEMAND remplace la LUFTWAFFE.

Les aviateurs nous avaient prévenus : vous verrez que le génie ne respecte pas les constructions comme nous et vous nous regretterez.

A part deux toiles de l'école italienne qui avaient pris le chemin de Berlin où un hôtelier du nom de Bajus (?) les avait « recueillies » nous avions retrouvé la plupart de nos bibelots plus ou moins intacts. Nous avions remonté tous les meubles rarement entiers car le plus souvent sans tiroirs, ceux-ci servant à faire des caisses destinées à des expéditions.(des colis de produits français pour les familles de soldats allemands)

J'avais même réussi à sauver ma collection de timbres cachée sur une poutre du grenier, mais il y avait dans une autre cache, très difficile d'accès mais que l'on devrait fatalement découvrir en cas de démolition, des armes de chasse : deux fusils de calibre douze, un vieux fusil à broche de calibre seize et une carabine vingt-deux long riffle avec les munitions. (ces armes auraient dû être déclarées et remises aux autorités)

Le génie avait commencé à occuper le terrain au-dessus de notre villa, ce qui devait devenir le point de défense Wn 70, mais il tolérait que nous empruntions le sentier qui conduisait à notre jardin. Il fallait donc passer devant eux à la descente et à la montée. Par contre ils avaient l'habitude de nous voir revenir avec un sac contenant de la nourriture pour nos lapins : herbe, pissenlits et branches de fusain.

Je préparais un trou dans le sol de notre cave ‑ c'était une pièce du rez-de-chaussée non dallée ‑ et nous remontâmes les armes dans le sac d'où dépassaient seulement quelques feuilles; je les enterrais aussitôt arrivés.

Mais bientôt ils nous interdirent de descendre à la villa par notre sentier; nous dûmes utiliser celui de la villa"Sainte Anne" (probablement à l'emplacement de la villa des Ponsard) et traverser le vaste terrain non construit à l'Ouest de notre propriété (là où sont aujourd’hui les maisons Bunouf, Denys, Cordelle et Prost). Puis l'accès à notre jardin nous fut complètement interdit au début de l'année 1944 (ou à la fin de 1943) lorsque les Allemands minèrent la zone au dessus des falaises, entourant le village d'un réseau de barbelés, mais ne possédant pas assez de mines pour rendre ce minage complètement effectif; ainsi le terrain miné s'arrêtait (en venant de St-Laurent) aux sapins du champ situé au‑dessus de la villa "La Source" (villa Mathy) et reprenait à l'Ouest de la rue de la Mer

Et pendant ce temps le génie travaillait dur; leur objectif : s'enterrer sans laisser de traces visibles. La terre des tranchées était évacuée et jetée dans la falaise, ce qui les obligeait à creuser celles-ci jusqu'à 1,80 mètre et à les recouvrir d'un dôme de grillage et d'herbe.

De plus tous les points d'appui devaient posséder un abri à douze mètres sous terre avec deux sorties distantes d'au moins cinquante mètres. Pour ce travail ils avaient mis au point une technique : ils commençaient par creuser un puits de douze mètres qu'ils surmontaient d'un treuil; à partir du fond ils menaient une galerie et un escalier de remontée avec un palier assez long à mi montée afin qu'un lance-flammes ne puisse atteindre le fond. Même préoccupation pour la galerie qui devait faire un coude au pied de chaque escalier. La pièce aménagée à mi parcours de la galerie devait être assez vaste pour que six hommes puissent s'y allonger, six autres s'y tenir assis et que sur une petite table on puisse poser un téléphone et quelques papiers, tous les points d'appui étant reliés par câble enterré à un central enterré, lui aussi, à la Kommandantur.

Les galeries étaient étayées avec des cadres jointifs constitués avec des madriers de 22x08 de deux mètres sur un mètre, ce qui laissait un passage de 1,84 sur 0,84 mètre.

Ces madriers provenaient évidemment des charpentes de maisons démolies et un menuisier était affecté spécialement à scier les madriers et à y tailler tenons et mortaises. Chaque point d’appui avait son observatoire de tir sous dalle de béton.

J'ai eu la possibilité, après le débarquement, de parcourir les galeries des Wn 68 à St-Laurent, Wn 70 au-dessus de notre villa et Wn 72 (Hôtel du Casino) (en fait il s'agit du WN71). Le premier et le dernier avaient un accès en pied de falaise et une sortie à mi falaise, mais comme le WN72 avait bénéficié lors du creusement de sa galerie horizontale d'une voie ferrée rectiligne pour l'évacuation des pierres ce qui la rendait très vulnérable, un autre accès en courbe était en cours de percement le 5 juin; les Allemands prévoyaient d'obturer ensuite l’entrée située devant la salle à manger de l'ex hôtel du Casino, ils n'en eurent pas le temps et durent abandonner leur souterrain le 6 juin.

Cette amorce de galerie est actuellement derrière la crêperie Saulnier.

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RELEVES DE PLANS

Je n’ai jamais cherché à savoir d'où venaient les directives qui consistaient à prévenir la mairie des destructions de bâtiments qui gênaient le tir des batteries côtières. Le maire, une fois prévenu, écrivait alors au propriétaire si celui-ci avait laissé une adresse où le joindre pour lui demander s'il possédait les plans de sa demeure en vue d'une indemnisation future. Sinon ou sans réponse à sa lettre j'étais désigné pour faire un relevé sommaire : dimensions du bâtiment, nombre d'étages et d'ouvertures, consistance et épaisseur des murs, nature de la couverture. Je remettais chez moi ce travail au net et le déposais à la mairie. Le plus souvent lorsque je parvenais au bâtiment celui-ci ne possédait plus de toiture ni de plancher, les Allemands ayant le plus urgent besoin de bois de charpente pour étayer leurs galeries souterraines, mais cela ne contrariait pas mon travail et le simplifiait même.

Je dois dire, qu'ultérieurement, au moment où les commissions ont été amenées à prendre connaissance des dossiers déposés par les propriétaires et comparer les mesures de leurs plans avec les miennes, on n'a constaté que des différences infimes; les gens se sont montrés très corrects et n'ont pas essayé de "tricher" avec les dommages de guerre, sauf une vieille dame qui, peut-être involontairement et sans s'en rendre bien compte, a donné à son architecte des renseignements exagérés. (Quand on a une petite villa qui mesure sept mètres sur quatre, il suffit d'ajouter deux mètres à chaque dimension pour en doubler la valeur).

Le maire me prévenait que tel jour, à telle heure, un soldat allemand m'attendrait au poste de la plage - au début du boulevard de Cauvigny où se trouvait la lourde barrière de madriers et de barbelés ouverte ordinairement dans la journée, pour m'accompagner. C'était ordinairement toujours le même, un vieux type, qui était très content de cette promenade en bord de mer et qui, arrivé au lieu désigné, s'allongeait dans l'herbe et me laissait travailler en paix.


La démolition de toutes les villas du vallon et de la plage commença au printemps 1943, sauf la villa "Rinascente " située en haut de la falaise, qui servait à la marine comme relais radio pour les U-Boots, l'hôtel du Casino qui accueillait par roulement des détachements en permission de détente, et servait de relais aux patrouilles, et un immeuble voisin en béton, rebelle aux pioches du génie allemand (la villa Cusinberche).

La construction de plusieurs blockhaus fut décidée, le principal devant occuper l'emplacement du bar bazar de la plage (Legallois), dont la démolition commença durant l'été 43, mais en conservant la plus grande partie de la façade côté mer, comme camouflage. Durant cette démolition, et vers le 15 août, un canon (le 88mm antichar PAK 43 qui s'y trouve toujours) fut fourni à l'unité pour le futur blockhaus, en cours de coffrage et ferraillage. Les Allemands avaient remarqué que la villa "Madeleine" située presque en face du bazar était construite sur une grande dalle de béton armé. Ils démolirent la villa ainsi que le chalet mitoyen qui gênait la perspective sur la plage, puis ils installèrent le canon, caché sous une bâche, sur cette dalle et y apportèrent des caisses d'obus. Comme un beau 88 était peint sur ces caisses, on pouvait aisément en déduire le calibre du canon. Le blockhaus fut terminé dans le courant de l'hiver 1943-1944 et le canon y fut introduit. En même temps la route fut barrée par un mur anti-char avec une chicane laissant un passage de 75 centimètres. Le haut du blockhaus fut agrémenté de quelques pans de mur pour simuler des ruines. Une haie de tamaris qui surmontait le talus de la route, côté mer, fut précieusement conservée, car elle masquait, la vue de la plage, le mur anti-tank et se confondait avec l'embrasure du blockhaus."

Mon travail commença par les dernières maisons de Vierville, en limite de Saint‑Laurent et j'eus même l’occasion de relever deux immeubles de Saint‑Laurent dont l’hôtel du Cheval Blanc. C’est au cours de ces allers et retours que nous rencontrâmes « les inséparables », (je devais les appeler ainsi par la suite), un vieux soldat à cheveux et moustache blancs qui paraissait avoir l'âge de la retraite bien sonnée et un gamin à qui on aurait donné tout au plus quinze ans. Je me suis toujours demandé si ce n'étaient pas le grand père et son petit fils. Ce dernier en nous voyant posa une question à mon accompagnateur et cette question se terminait par « SCHWEINKOPF » (tête de cochon, une injure en allemand) je ne parle pas l'allemand mais je sais ce que ce mot veut dire. Les deux vieux soldats s'arrêtèrent de bavarder, gênés; je fis celui qui n'avait pas compris mais mon regard croisa celui du gamin, et lui a su que j'avais compris, il se tint coi. Je devais retrouver les inséparables unis dans la mort le 8 juin 1944 à la porte de la Kommandantur (manoir de Than) , le fusil à la main.

Avant la construction du blockhaus qui devait abriter le canon de 88, celui-ci se trouvait stationné sur la dalle qui soutenait la villa « Madeleine » (actuellement la salle des fêtes) Le champ de tir de cette pièce était limité sur son côté droit par la villa "Les Embruns" (actuellement emplacement du bazar de la Plage) qui du fait de l'avancée de la falaise avait été construite avec un très faible recul sur le boulevard.

Ils décidèrent de la démolir ainsi que sa voisine "La Reposerie".

On me prévint donc d'avoir à me trouver un certain matin au poste de garde. Lorsque j'arrivais je trouvais un gradé qui m'attendait; c'était un grand type, svelte, jovial; son uniforme n'était pas en gros drap comme celui de son capitaine, mais du "sur mesure" dans une bonne étoffe. Il me fit signe de le suivre et, au lieu de commander à deux de ses hommes d'ouvrir la barrière, il s'engagea dans un jardin sur la droite. Ce jardin par manque d'entretien depuis trois ans était plutôt un champ inculte envahi par les hautes herbes. Ayant parcouru cinq ou six mètres il s’arrêta, me montra un fil de fer tendu à dix centimètres du sol, l'enjamba et me fit signe de l'imiter; pour un deuxième fil il fit de même, puis il alla mettre une goupille dans un détonateur que j'entre­voyais dans les herbes; il s'assura ensuite que je marchais dans ses traces et nous nous retrouvâmes sur un terrain libre et dégagé. Il m'invita alors à exécuter mes relevés car nous étions arrivés à proximité de « La Reposerie ». En effectuant mon travail je remarquais au bout d'une heure que deux soldats ouvraient la barrière; mon travail terminé je pus donc passer par la voie normale.

Mais par la suite je me suis toujours demandé si l'adjoint du capitaine ( je devais le retrouver ultérieurement lors d'une corvée dans le jardin de la kommandantur) tenait à ce que je connaisse les pièges disposés en bas de la falaise ou si il n'avait pu trouver deux soldats pour ouvrir la barrière, craignant d'abîmer son uniforme.

Je dois avouer que je connais mal les grades dans l'armée allemande. Ce gradé était­ il lieutenant, sous-lieutenant ou adjudant ? Je l'ignore.

Par contre j'ai bien reconnu le maréchal Rommel lorsqu'il est venu, en mai ou juin 1943 (je pense là aussi Michel Hardelay pourrait se tromper, je pense que Rommel est venu 2 fois seulement à l’automne 43 et en janvier 44), inspecter avec sa Mercedes le poste en cours d'installation dans un de nos prés au dessus de notre villa. Il avait son uniforme de campagne avec une culotte noire à bandes rouges. J'étais en train de botteler du foin dans un herbage voisin et j'ai pu apercevoir deux soldats enlever une toile de camouflage qui masquait une position de mortier. Le soir même la B.B.C. disait que le maréchal Rommel avait commencé l'inspection du mur de l'Atlantique par l'Ouest du Calvados et qu'il avait pu constater ses insuffisances. Mais qui avait pu renseigner les Alliés si vite?

J'ai peut-être une petite idée sur la question .... en en posant une autre. Qui était mieux renseigné que l'adjoint du capitaine de la compagnie allemande de Vierville ? …. PERSONNE

(divers témoignages tendent à supposer que cet officier était un agent des Alliés, mais c’est tout de même peu vraisemblable)

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