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Témoignages durant la bataille

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Témoignages durant la bataille

Message  La Jeanne le Jeu 26 Jan 2017 - 19:03

« Les Équipes d'Urgence de la Croix-Rouge française » , tel est le nom de l'un des groupements qui ont eu l'occasion de déployer leur activité bienfaisante à Caen, aux côtés de la Défense passive et des Equipes nationales , pendant les deux mois qu'a duré la gigantesque bataille.
Selon le témoignage de Mlle Danielle Heintz il y avait également un interne en médecine et une infirmière elle-même.
Selon le témoignage de M. André Heintz les ambulancières étaient Mlles Hélène Gillet et Jacqueline Cholet et parmi les Equipes d'Urgence: les frères Ewald Jean-Luc et Régis, scouts routiers parisiens.

Le 5 juillet 1944 :

Départ. Nous passâmes par La Maladrerie, aux maisons déjà crevassées par l'artillerie. A la sortie du bourg, deux Allemands nous arrêtèrent. Il fallut montrer les papiers, dire où nous allions. L'un d'eux haussa les épaules et nous lança en un français correct : « Allez ou vous voulez; à vos risques et périls. » L'autre exprima la même idée sous une forme plus lapidaire : « Tommy, Boum, Boum » et il pointa l'index en direction de l'aérodrome. Nous repartîmes sur la route de Carpiquet. Les voitures cahotaient en passant sur les branches vertes qui la jonchaient. C'étaient parfois des troncs d'arbres qu'il nous fallait franchir. Quel voyage! Mais l'ambulance robuste, haute sur pattes, tînt bon.
Soudain, le grondement monotone de l'artillerie fut couvert par un sifflement aigu, puis deux, puis trois. Sur notre droite, trois obus éclatèrent; la conductrice leva un œil interrogateur vers son compagnon. Elle se signa et appuya paisiblement sur l'accélérateur. Une deuxième salve laboura un champ sur notre gauche. Cette fois, un obus éclata à quelques pas devant nous; les pierres volèrent sur le pare-brise. On n'entendait presque plus le sifflement des arrivées. Mauvais signe...
Coup de frein brutal. Nous bondissons dans le fossé. L'équipage de la deuxième ambulance se précipita d'un geste instinctif à la même seconde, dans le même abri précaire. Nous restâmes là, terrés. Puis le tir se ralentit. Nous levâmes alors le nez et contemplâmes, éberlués, le chef du convoi, une grande jeune fille de vingt trois ans, qui riait, qui riait, d'un rire sonnant faux, hélas! dans ce décor de verdure hachée. En dégringolant le marchepied, nous nous étions abattus tous les cinq, en tas, dans le même fossé. De cette masse informe, émergeaient les casques blancs, entre une paire ou deux de godillots crottés de boue.
L'orage apaisé, nous repartîmes aussitôt. Encore 1 ou 2 kilomètres et nous étions au but. Un sentier descendait de l'endroit où étaient arrêtées les voitures, jusqu'au fond d'un ravin que l'on dominait de la route. C'est dans ce ravin que se trouvait une des entrées des galeries creusées sous cette petite colline. En hâte, nous dégringolâmes le sentier, les brancards sur l'épaule. Nous parvînmes ainsi à une sorte de grotte profonde où végétaient misérablement quelque cinq cents personnes, depuis plusieurs jours.
On nous conduisit aussitôt auprès des blessés, que nous chargeâmes sur les brancards pour les rassembler à quelque distance de l'entrée. Dehors les obus s'écrasaient de tous côtés. Un murmure de terreur s'élevait de cette foule tapie dans l'ombre, que l'on pouvait à peine distinguer à la lueur de rares quinquets fumeux.
Pendant ce temps, les conductrices impassibles manœuvraient là-haut, sous la mitraille, pour faire tourner les voitures sur la route étroite. Puis elles descendirent nous rejoindre. Il y avait dix blessés couchés à installer et trois ou quatre assis. Aidés par des volontaires, nous les transportâmes dans le ravin d'abord, puis dans le sentier de chèvres qu'il nous fallut gravir toujours sous les obus.
La caravane sortit enfin et commença à gravir la pente. En tête, un jeune garçon de la carrière déployait un grand drapeau de la Croix-Rouge . Dans ce sentier abrité, nous nous sentions à peu près en sécurité. Mais à peine arrivés sur la route, les obus hurlèrent de plus belle et s'écrasèrent tout près de nous. Nouveau plat ventre, chaque porteur à côté de son brancard. Mais il fallait coûte que coûte arracher les blessés à la mort.
En hâte nous les installâmes dans les voitures criblées comme des écumoires. Nous ajustâmes les brancards d'une main quelque peu fiévreuse. II fallait visser à bloc, sans quoi notre douloureux chargement risquait de s'effondrer sur la route cahoteuse du retour. La manœuvre nous sembla plus longue qu'à l'ordinaire. Enfin tout fut prêt.
Mais voici qu'un chasseur surgit alors au-dessus des branches d'arbres hachées. Il fonçait droit sur nous et, déjà, amorçait son piqué. Nous jetions des regards inquiets sur la peinture gris fer et bleu foncé des ambulances, sur leur lourde carrosserie grimaçante, sur les Croix rouges dont la peinture s'écaillait et qui nous paraissaient ridiculement étriquées. L'un des convoyeurs, très calme, agitait lentement un grand drapeau tricolore , au beau milieu du champ, bien en vue.
On voyait distinctement maintenant les zébrures noires et blanches de l'avion allié. Minute angoissante... Qu'allait-il se passer? Seuls les blessés allongés dans le fond des voitures ignoraient le danger qui les menaçait. L'avion nous avait-il reconnus? Sans doute, car il vira sur l'aile et s'envola vers le sud.
D'un élan joyeux, nous bondîmes sur les marchepieds, en agitant nos drapeaux, pour le simple plaisir de les voir claquer au vent. Cette alerte avait été chaude.
A toute vitesse nous repartîmes. Une heure après, nous étions rentrés à l'hôpital où nous confiâmes nos chers blessés aux infirmiers. Nous rentrâmes exténués à la Section où nous attendait un Byrrh cordial et le sourire angélique de notre chef de section, Mlle Brouzais qui, hélas! allait être portée disparue quelques jours plus tard... (Mlle Denise Brouzet disparue en mission le 14 août à La Chapelle-Biche près de Flers dans l’Orne, après avoir été prisonnière des Allemands)
Tant que dura la bataille de Caen, c'est-à-dire entre le 6 juin et les premiers jours d'août, les équipiers en mission, jour et nuit sur la brèche, ont connu de semblables péripéties. Nous ne citerons pour mémoire que les randonnées les plus périlleuses au cours desquelles la section a perdu deux de ses plus crânes conductrices et a eu plusieurs convoyeurs blessés. Fleury, Saint-André-sur-Orne, Esquay-Notre-Dame, May-sur-Orne, Vieux, Villers-Bocage, Aunay-sur-Odon, Saint-Sylvain et pour finir la région de Falaise : autant de champs de bataille où les ambulances de la Croix-Rouge Française ont arraché à la mitraille des centaines de blessés et de malades.
Les équipiers, porteurs du « bleu » qui masquait la misère de leur garde-robe en haillons et coiffés du casque blanc, ont servi avec toute l'ardeur de leur jeunesse insouciante, exécutant à la lettre toutes les missions qui leur furent confiées. La reconnaissance attendrie des victimes à qui ils ont épargné bien des souffrances, qu'ils ont souvent arrachées à la mort dans l'enfer des bombardements et les horreurs de la bataille de Caen, furent pour eux, chaque soir, la plus enviable des récompenses.
Ils ont servi d'un cœur généreux tant que durèrent les combats, autour de Caen. Les secours précieux qu'ils trouvèrent un peu plus tard auprès des forces alliées les ont considérablement aidés dans l'accomplissement de leur devoir.
Le jour où le canon s'est éloigné, ils ont pris congé, non sans amertume, des « Equipes d'Urgence » pour rentrer dans leurs familles dont ils étaient séparés depuis le jour du débarquement et ont repris avec sérénité, avec fierté aussi, il faut le dire, leurs études et leurs occupations professionnelles, interrompues par ce sanglant intermède de deux mois consacré à la libération de leur petite Patrie.

Charles MACARY.


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Re: Témoignages durant la bataille

Message  La Jeanne le Jeu 26 Jan 2017 - 19:24

Jean Marie Girault.
Un adolescent dans les décombres.

« Voici le récit de ces heures qui m'ont fait passer de l'adolescence à l'âge adulte. » C'est avec ce commentaire que Jean-Marie Girault,  aujourd'hui sénateur maire de Caen, nous a remis les notes manuscrites qu'il a prises pendant le terrible été 1944. Agé alors de 18 ans, il participait, avec les équipes d'urgence de la Croix-Rouge, à la recherche des ensevelis et aux secours, sous les bombardements, dans la cité martyre du Calvados.

5 juin 1944

Il est à peine minuit. Je suis réveillé en sursaut par des bruits sourds de canons de marine. Fréquemment, j'ai entendu ce grondement lors des bombardements de la côte normande. Mais, cette fois, il persiste, s'intensifie.

4 h 30 du matin. Le jour commence à se lever. Serait-ce le Débarquement, tant de fois évoqué ? Je n'y crois guère. Bientôt, les canons allongent le tir, qui vise cette fois non plus seulement la côte, mais l'intérieur des terres. Place Saint-Sauveur, des gens fuient, surchargés de bagages. Des vagues d'avions anglais et américains passent et repassent au-dessus de la ville. Le temps est couvert. Il souffle un fort vent d'ouest.

Dans la rue, les gens tiennent des propos abracadabrants. Fatigués au terme d'une longue nuit blanche, ils sont prêts à croire et à colporter n'importe quel bobard. Certains prétendent même que l'on a vu des prisonniers anglais à Bretteville (Note de MLQ: 5 km au Sud-ouest de Caen). La rumeur enfle.

Dès 8 h 30, tous ceux qui ont un poste de TSF essaient de capter la BBC. Mais elle ne parle pas de débarquement. Sur les places, la population se rassemble, discute. Tous ces stratèges de café du Commerce expliquent, avec force arguments, que Caen, pris à revers en cas de débarquement, sera sans doute encerclé, mais sera évidemment épargné.

Vers 10 heures du matin, une affiche est placardée sur les murs de la ville par les autorités allemandes. Elle interdit formellement aux civils de sortir de chez eux. Bientôt, des haut-parleurs claironnent cet ordre. En vain. Plus personne n'est là pour le faire respecter. La Gestapo, la Kommandantur, toutes les autorités allemandes ont quitté Caen. A 12 h 30, un message radio du général Eisenhower révèle que les Alliés ont débarqué « dans le nord de la France ». Sans plus de précisions. Le nord de la France ? C'est vague. C'est une région qui va de la Seine à la Belgique. Ceux qui ne font guère confiance aux Alliés assurent qu'il ne s'agit que d'une opération de diversion.

9 H 17 : Le communiqué n°1 est publié : " URGENT, URGENT. Juin 6, 1944, communiqué n°1 du SHAEF : Sous le commandement du général EISENHOWER, des forces navales alliées, appuyées par de puissantes forces aériennes, ont commencé le débarquement des armées alliées ce matin sur la côte du nord de la France".

A 13 h 30, nouveau et formidable bruit de tôles qui dégringolent. Des éclats pleuvent sur la place Saint-Sauveur. Çà et là s'élèvent des fumées noires. La population commence à s'affoler. Personne ne sait exactement où sont tombées les bombes. Des voisins assurent qu'il y a beaucoup de morts et que les pompiers seraient totalement impuissants devant la multiplicité des incendies. Je me rends avec mon collège au point de ralliement des jeunes de Caen, volontaires comme moi dans les Equipes d'Urgence de la Croix-Rouge. Je découvre alors le premier spectacle de désolation de ma vie : arbres déracinés, toits éventrés, énormes madriers et morceaux de pierre éparpillés, gens totalement désemparés. Près du préau de la cour des grands, un certain nombre de jeunes séminaristes sont ensevelis sous les décombres. L'amertume est immense.

A 16 h 15, le comble de l'épouvante semble être atteint. Par groupes de six, les avions lâchent leur cargaison à quelque 3 000 mètres d'altitude. Pendant quinze minutes, la grêle de bombes se poursuit aux abords des ponts. Les Alliés vont-ils détruire Caen quartier par quartier ?

II est 18 heures. Des bombes tombent dans le quartier du port. La rue des Chanoines est entièrement dévastée. Rue Saint-Pierre, un ouvrier s'écrie, indigné : « Si c'est ça, leur libération ! Ils feraient mieux de retourner chez eux et de nous foutre la paix ! »

7 juin

2 heures du matin. Je suis réveillé en sursaut par de formidables explosions tout autour de la maison. Je cours à la fenêtre. Le ciel est embrasé. Dans la direction de la gare Saint-Martin, un monstrueux incendie fait rage. Une sorte de fusée jaune passe en hurlant au-dessus du lycée de jeunes filles et vient s'abattre du côté de la place Blot. La clinique de la Miséricorde est bombardée. La rue des Carmes, l'hôtel de l'Intendance subissent le même sort.





En haut avant; en dessous après bombardements. Hôtel de l'Intendance, rue des Carmes.

Nuit d'apocalypse. Dans la ville en feu, entre les cratères de bombe, les survivants errent, hébétés. La caserne des pompiers, l'hôtel de ville, la place de la République, le quartier Saint-Jean sont durement touchés. Au matin, on relève les cadavres de 160 blessés et malades qui étaient hospitalisés à la Miséricorde. Et ceux de 15 sœurs et infirmières.

Nuit du 7 au 8 juillet

Il est environ 21 heures. Vers les flèches de l'église Saint-Etienne, j'aperçois une nuée de forteresses volantes qui s'avancent vers nous. Elles mettent le cap vers Carpiquet (Note de MLQ: à 6 km à l'Ouest de Caen), après avoir lâché leur chapelet de bombes au-dessus des hauts quartiers de la ville. Vacarme insupportable. Mes oreilles bourdonnent ; j'ai l'impression de devenir sourd. De nouveau, après une brève accalmie, les Liberator (Note de MLQ: non des Lancaster et des Halifax) laissent tomber l'un après l'autre une demi-douzaine de bombes. Nous les voyons très nettement s'écraser dans un fracas d'épouvante sur les quartiers de La Maladrerie. Sans doute à bout de munitions, la DCA allemande s'est tue. La ville se recouvre d'un immense voile de fumée épaisse et le ciel est embrasé par la lueur des incendies. On me confie une Equipe d'Urgence, un brancard, deux pelles et trois pioches, avec pour mission de me rendre place de la République.

A la recherche des ensevelis, nous passons devant le cimetière où reposent déjà quelque 150 civils. A présent, le ciel est rouge vif. Rue Paul-Doumer déboule une voiture allemande bourrée d'hommes en armes. Un des soldats nous demande la route de Thury-Harcourt (Note de MLQ: à 27 km au Sud de Caen). Nous la lui indiquons, mais la place de la République, par laquelle ils doivent passer, est obstruée par les décombres des derniers bombardements. En tentant de la traverser, un motocycliste teuton casse sa machine. Ce soir-là, les Allemands nous feraient presque pitié.

De loin, nous sentons la chaleur que dégage l'incendie de la faculté. Spectacle grandiose, sublime, titanesque du brasier. Le monastère des Bénédictines est aussi la proie des flammes. Dans cette nuit rougie par le feu et le sang des innocents, des ombres fantomatiques se penchent sur les cadavres pour tenter de les identifier. Autour des ruines du monastère, les secours s'organisent. Soudain, trouant les nuages, un avion pique. Fracas épouvantable. La bombe tombe à une cinquantaine de mètres. Nous reprenons le travail de déblaiement. Une voiture allemande décapotée passe par là. L'officier qui s'y trouve propose de conduire à l'abri l'une des vieilles religieuses survivantes. Geste de courtoisie d'un occupant pressentant la défaite.

Un ambulancier de la Croix-Rouge vient nous avertir qu'un éboulement s'est produit aux carrières Saint-Julien. Quand nous arrivons à l'angle de la rue Desmoueux et de la rue aux Juifs, un passant en pleurs nous signale la présence d'une famille ensevelie sous sa maison, vers le n° 11 de la rue aux Juifs. Un tas de pierres, de dalles, de planches laisse à penser qu'un peu plus tôt s'élevait ici une maison. Au dire d'un voisin vivaient là un père, une mère, deux petites filles et six autres personnes. A côté, un immense cratère de bombe, au fond duquel gisent les reliques de ce qui fut la vie d'un foyer : débris de vaisselle, morceaux de mobilier, lambeaux de vêtements... Je commence à appeler en direction des décombres. Soudain une plainte désespérée.

"Venez vite, nous allons étouffer ! "

«  Vite, nous sommes ici, dans la cuisine !»

Mais, bien sûr, cette cuisine n'est plus que gravats. A tâtons, nous cherchons, appelons encore, déplaçons délicatement des planches, des poutres. Bientôt, au cœur de cette nuit, au milieu du crépitement de furieux incendies tout proches, ce n'est plus qu'un gémissement:

« C'est par là... Sauvez-nous ! »

Fébrilement, nous continuons nos travaux de déblaiement. Quelques instants plus tard, la même voix, plus faible que jamais, nous conjure :

« Dépêchez vous, nous étouffons ! A boire, à boire !... »

Puis, tout à coup, miracle :

« Ça y est, vous y êtes, c'est bien là ?»

Nous parvenons à dégager un homme qui serre dans ses bras un bébé inerte. Un peu plus tard, nous retrouvons le cadavre de la mère, puis sa petite fille de 6 ans, miraculeusement vivante mais en état de choc. Les six autres personnes qui se trouvaient dans cette maison sont vraisemblablement mortes, écrasées ou étouffées.

Vers 2 h 15, nous passons par la rue Saint-Manvieu, la place Saint-Martin, la place Blot, la rue Haldot. Tout autour de nous, ce n'est qu'incendies rougeoyants. Nous tentons, en file indienne, de nous frayer un chemin à travers les cratères et les ruines. Moi qui connais si bien cette ville de Caen, je perds tout sens de l'orientation au milieu de ce décor dantesque. Nous titubons de fatigue, d'amertume, d'angoisse. Tout autour de nous, la bataille continue de faire rage. Les obus sifflent, des lance-grenades font feu sur on ne sait quel ennemi. Nous apprenons bientôt qu'à proximité une violente bataille de chars s'est engagée. Il est 3 h 5 du matin.

8 juillet

Dès 8 heures du matin, des avions continuent, vague par vague, de lâcher des chapelets de bombes. Je me rends au PC des Equipes d'Urgence. Soudain, une violente déflagration. Les vitres des maisons volent en éclats. Une torpille anglaise vient de tomber rue de Bayeux, à la hauteur du n° 14. On tente de déblayer les gens ensevelis. J'aide à transporter des blessés ensanglantés. Je vois peu à peu mes chaussettes et mon pantalon se teindre en rouge...

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Le second personnage à gauche est Mr Jean-Marie Girault le futur maire de Caen, selon  page 110

De ces journées tragiques de l'été 44, je garderai aussi le souvenir d'une scène cocasse : quotidiennement, on me demandait, en tant que membre des Equipes d'Urgence, d'aller traire des vaches, afin d'alimenter en lait les bébés de la pouponnière de Caen. Combien de fois, du côté du champ de courses, j'ai dû courir pour tenter de rattraper mes vaches affolées par les bombardements !  Après chaque alerte, je me disais en moi-même :

« Si tu avais été tué, ce coup-ci, tu aurais eu droit sur ta tombe à cette épitaphe :

"Mort en accomplissant sa mission : « Traire deux vaches. » »

Ainsi va la guerre.

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